BREVE HISTOIRE DE L’ENCEINTE ROYALE (Rova) D’ANTANANARIVO

(Pr. RAFOLO ANDRIANAIVOARIVONY , membre du CNP )

Bâti sur une superficie d’environ 2,5 hectares, le Rova d’Antananarivo constitue le témoin de l’évolution historique et de la construction politique du royaume merina, devenu en 1817, royaume de Madagascar et est sans doute, « l’ensemble architectural le plus vaste et le plus complet » de l’ île (V. Belrose - Huyghues).

 

Le Rova d’Antananarivo est riche de quatre siècles d’histoire débutant en 1610, date de son édification par le roi Andrianjaka (1610 -1630), à novembre 1995, date de sa destruction par un grave incendie. Occupant le sommet de la citadelle d’Analamanga (1431 m) et dominant la ville basse d’une hauteur de 200 à 250 m, le Rova abrite traditionnellement les demeures royales (lapa), celles des épousées du souverain et de son entourage, des tombeaux royaux et princiers, une place publique (kianja) et des fosses à bœufs (fahitra). L’histoire du Rova peut être résumé en deux points, s’inscrivant autant dans l’espace que dans le temps.

1 – Le Rova Sud ou du Rova d’Andrianjaka au Rova d’Andrianampoinimerina (1610-1810)

 

Le Rova Sud, centré sur Besakana, fut aménagé par Andrianjaka, alors roi d’Ambohimanga et d’Antananarivo qui devint capitale. Dans ce Rova, se trouvent les sept tombeaux alignés (Fitomiandalana), les cases royales Masoandrotsiroa et Besakana, une place publique avec une pierre sacrée et une fosse à bœufs.

 

Ce Rova Sud subit divers bouleversements sous les successeurs d’Andrianjaka suite à des disparitions de lapa, des reconstructions, des transferts et des ajouts liés à la volonté de chaque souverain de laisser une marque personnelle : ainsi Andriamasinavalona (1675 – 1710) construit un autre lapa Besakana qui sera restauré par Andrianampoinimerina (1787 – 1810), lui-même édifiant un autre Manjakatsiroa, tout cela à des emplacements différents des palais précédents. Ce dernier procède également à divers aménagements avec la multiplication des lapa (Mahitsielafanjaka, détruit en 1995,  Manambintana, Soaniadanana, un nouveau Masoandrotsiroa, Bevato, Rarihasina, Kelisoa, Marivolanitra, Mahatsara, Fohiloha, Nanjakana, Tsarazoky, Rarisambo et Voahangy), et par l’édification de deux parcs à bœufs.

 

Sous ce grand souverain réunificateur et conquérant, le Rova devient un centre de ralliement, un lieu de rencontre et surtout un repère visible du royaume agrandi et des collines avoisinantes d’où sont originaires ses épouses.

 

2 – Le Rova Nord ou du Rova de Radama I au Rova de Ranavalona III (1810 – 1897)

Ce Rova pourrait être appelé aussi le Rova du Royaume de Madagascar. Radama I (1810 -1828) fils d’Andrianampoinimerina, engage définitivement le royaume dans une ère de grandes réformes en l’ouvrant aux étrangers (traité de commerce en 1817 avec les Britanniques), en adoptant  une esthétique et des savoir - faire inspirés de l’Europe et en important de cette dernière des objets de luxe et des armes. Il consolide et embellit les lapa existants et fait construire le sien, la première Tranovola, par le maître charpentier français Louis Gros en 1820. Elle se présente sur plusieurs étages avec un toit à très forte pente.

 

Les successeurs de ce souverain, à commencer par sa femme devenue reine en 1828, mettant à profit le concours d’ingénieurs et techniciens européens et utilisant de matériaux nouveaux, bâtissent des lapa de plus en plus élaborés, de grands tombeaux de pierre avec superstructure en bois (les Tranomasina) et même un édifice de culte chrétien. Ces successeurs de Radama I sont : Ranavalona I (1828 – 1861) qui a largement contribué à l’agrandissement du Rova vers le nord et vers l’est en construisant Manjakamiadana (« le Palais de la Reine ») et Tsarahafatra, Radama II (1861 – 1863) dont le règne est trop court pour avoir pu marquer une empreinte au Rova, Rasoherina (1863 – 1868) qui y a introduit le style victorien avec Manampisoa (1866), Ranavalona II (1868 – 1883) qui a proclamé sa foi chrétienne et fait bâtir en pierre de taille l’église du palais (1870) et le revêtement du grand palais (1877) et Ranavalona III (1883 – 1897), dernière reine de Madagascar qui n’a pas pu mener à terme la construction de son palais Masoandro dessiné en 1890 car contrainte à l’exil en février 1897. La même année, le Rova devient domaine public et un musée historique. Le tableau suivant permet de suivre le film des constructions de cette période riche d’innovations. Il faut noter aussi que beaucoup de ces édifices n’ont pas survécu aux outrages du temps et des hommes.

Date

Nom de l’édifice

Architectes

Rois/Reines

1820

Tranovola (Palais d’argent)

Louis Gros

Radama I

1828

Tombeau de Radama I

James Cameron et Louis Gros

Ranavalona I

1828

Kelisoa (Petit joli)

?

Ranavalona I

1829

Tsarahafatra (Beau message)

?

Ranavalona I

1839

Manjakamiadana (Règne de la tranquilité)

Jean Laborde

Ranavalona I

1844

Tranovola

Jean Laborde

Ranavalona I

1863

Mahatsara (Qui rend à l’aise)

?

Rasoherina

1865

Portail Nord

James Cameron

Rasoherina

1866

Manampisoa (Surcroît de beauté)

William Pool

Rasoherina

1868

Tombeau des Rasoherina

James Cameron

Ranavalona II

1869

Fiangonana (Temple du palais, inauguré seulement en avril 1880)

William Pool

Ranavalona II

1870

Portail Sud - Ouest

William Pool

Ranavalona II

1870 –1877

Revêtement en pierre + 4 tours de Manjakamiadana

James Cameron

Ranavalona II

1895

Masoandro (Soleil, dessiné en 1890 et achevé seulement au niveau des fondations)

Rigaud

Ranavalona III

1897  Transfert au Rova des dépouilles mortelles des souverains Andrianampoini-merina,

Ranavalona I et II) et princes inhumés à Ambohimanga et celles de Radama II et d’une petite princesse inhumés à Ilafy.

Le tombeau de Radama I devient le « Tombeau des Rois » et celui de Rasoherina « Tombeau des Reines »

1897  Déplacement des tombeaux Fitomiandalana du Rova Sud à l’est des tombeaux des rois et reines

1897  Ouverture au public du Musée du Palais de la Reine

1995  Incendie du Rova (6 novembre)